Genèse de l’expérimentation.

Notre établissement est classé ZEP, lycée Polyvalent des métiers de la chimie et de la plasturgie. En septembre 2009, lorsque débute l’expérimentation, notre lycée a dix classes de seconde GET et les filières ES, S, STL et STIM. Trois BTS (Chimie, Biologie et Euro plastique) complètent notre carte des formations.Le constat partagé par les équipes pédagogiques est le suivant : la classe de seconde est un empilement de dispositifs (options, modules, aide individualisée, aide aux devoirs, bulletin de demi trimestre, tutorat, 2PP, école ouverte ou stages de vacances) dont l’efficacité reste malheureusement limitée. De plus, réunir les équipes pédagogiques est devenu très compliqué. Un groupe d’enseignants de Sciences Physiques est persuadé que les structures font obstacles aux objectifs pédagogiques. Il est convaincu qu’une modification de “l’espace-temps” hebdomadaire est nécessaire pour être plus efficace et peut induire des pratiques pédagogiques innovantes. En 2009, l’expérimentation concerne trois classes de seconde puis quatre en 2010 pour être généralisé à toutes les secondes GT de l’établissement depuis 2012. Aujourd’hui, plus personne ne souhaite revenir en arrière et cette expérimentation s’envisage en seconde professionnelle. Tout ceci est bien entendu fait avec l’accord du ministère de l’Education Nationale et du CA de l’établissement dans le respect des programmes nationaux et avec l’aide de la mission académique d’expérimentation (MAE). Voir PJ. Fig.1 Emploi de temps d’une seconde en 2011-2012

2) Description de la structure :cf figure 1 en PJ L’emploi du temps est rationnalisé avec : des cours de 8H à 16H et une récréation de 30min le matin pour tout l’établissement. La plage des activités culturelles hebdomadaire peut-être commune à deux ou trois classes pour permettre des activités partagées (conférence, sortie ou autres.)
 Moins de cours en classe entière, plus de demi-groupes. Actuellement, nous dédoublons 14H élève soit plus de 50% du temps d’enseignement. Avec tous ces dédoublements, nous espérons une meilleure qualité d’enseignement.
Nous proposons que les séquences pédagogiques soient de 2H ou 1H30 le plus souvent possible au même endroit. La classe estainsi localisée. L’appropriation des lieux est rendu possible (l’affichage notamment). L’augmentation de la durée des séquences pédagogiques diminue du nombre de disciplines enseignées quotidiennement, facilite le travail à la maison et la préparation du lendemain.
La pause méridienne de l’établissement est le plus souvent possible portée à 2H permettant la mise à disposition de classes pour développer des activités de groupe (ateliers, club ou chorale) mais aussi permettre le travail personnel afin de développer l’autonomie de l’élève. C’est aussi, pour les élèves et les équipes pédagogiques un temps de concertation possible voire un simple temps de repos. Il faut favoriser les productions d’élèves ainsi que la socialisation.
Cette année, nous avons 1 heure d’AP mais aussi 3H d’étude ouverte à tous les élèves de seconde. L’heure d’AP est assurée par les enseignants de la classe pour des groupes de 8 élèves au maximum. Elle est obligatoire en début d’année pour apprendre à travailler (cours de méthodologie). Elle estensuite réservée pour une durée déterminée aux élèves désignés par les enseignants après discussion avec l’élève et sa famille.
Il n’y a plus d’option de détermination car un parcours d’orientation est mis en place. Ce parcours est jalonné d’entretiens individuels, de possibles visites d’observation dans une classe de première, si nécessaire d’un mini stage. C’est donc tout au long de l’année que nous travaillons à faire un choix d’orientation.
L’apprentissage des langues est renforcé par le dédoublement. Le nombre d’heures de cours est identique quelque soit la langue. L’appellation langue 1 ou 2 est remplacée par A ou B car il n’y a plus de LV1 et LV2.
L’élève a deux heures hebdomadaires d’initiation aux sciences économiques et sociales (SES).
Comme le montre l’EDT de la figure 1, une demi-journée par semaine est réservée à des activités culturelles. La classe peut aller au musée, au cinéma, assister à une conférence dans l’amphithéâtre de notre établissement sansavoir à annuler ou déplacer des heures de cours. (A titre d’exemple, la est la liste des activités de la seconde 2 en 2009_2010). Voir PJ Fig2. Exemple : Récapitulatif des activités d’une année pour une classe de seconde
Concernant les activités culturelles, nous disposons par classe de 2 heures année transformées en HSE pour rémunérer l’encadrement mais ces heures peuvent aussi être mutualisées. En termes de moyens, cette nouvelle structure à un coût de 41 H profs + 72HSE (voir Fig. 3). Voir PJ Fig.3 : horaires 2015-2016

Pour résumer : dans ce projet l’élève est en classe entière 12H au lieu de 18,5. Il est 14H en classe à faible effectif et peut bénéficier d’une aide aux devoirs ainsi que d’une AP à très faible effectif. Il dispose d’un après midi d’activités culturelles.

3) Un rapide bilan de ce dispositif.

a) La pause méridienne.

Elle est plébiscitée par les élèves. Pour le plus grand nombre d’entre eux, elle est un temps de repos nécessaire. Aucune diminution des inscrits à la restauration de l’établissement n’a été constatée. D’autres ont effectivement mis à profit ce moment pour participer aux divers ateliers ouverts à tous comme les ateliers : Photos, Echecs, Go, Club Japon ou Chorale. Des activités pédagogiques ont aussi trouvé un prolongement pendant cette pause méridienne comme : le montage de TP filmés de physique chimie ou la préparation de la conférence sur l’histoire du cinéma d’animation coanimée par les élèves et leur enseignant.

Dans les comptes rendus des réunions de concertation qui ont jalonné l’année, on peut lire : « Les équipes constatent que la réorganisation de l’emploi du temps et les dédoublements sont favorables au climat de travail des élèves et des professeurs…. Le regard porté sur les élèves change, il est plus global et plus positif. »

b) Les activités culturelles.

Concernant les activités culturelles, même si la longue liste de la Fig.2 parle d’elle-même. On peut lire : « Les enseignants manifestent une satisfaction globale (8/10) mais pointent l'absence de prise de notes et de réinvestissement. » …. « Les objectifs initiaux qui étaient l'ouverture à la culture, le prolongement dans des projets sans chambouler les cours disciplinaires sont en partie atteints. Les élèves manifestent de la curiosité, une ouverture et une capacité d’écoute même en grand groupe. La pluralité des approches et la transversalité sont appréciées». Les collègues relèvent aussi que : « les activités culturelles sont très appréciées, mais une régulation est nécessaire afin qu’elles soient davantage préparées en amont et exploitées en aval ». Le « zapping culturel » est évoqué.

Nous avons donc choisi d’organiser nos activités culturelles autour d’un thème présenté en début d’année aux élèves. L’ensemble des activités de l’année pourra être jalonné de productions d’élève évaluées ou pas. Nous favorisons systématiquement la rencontre avec des professionnels à la fois pour découvrir les métiers mais aussi comme une aide à l’orientation. Par l’exemple sur le projet « eau » une partie du projet était consacrée aux métiers de l’eau (Visite du pavillon de l’eau à Paris, rencontre avec le service municipal responsable du réseau d’assainissement). Aujourd’hui, nous incluons l’EMC dans nos activités.

Quelques exemples provenant de classes différentes :

Le projet « Au fil de l’eau» a permis de faire travailler ensemble une classe de seconde GT et une classe de seconde professionnelle. Les uns ont produit un documentaire sur la nécessité d’économiser l’eau et les autres ont réalisés les cuves de récupération de l’eau de la petite serre de SVT.
Le projet « Symphonie » a conduit à mettre en image une pièce de 30min du compositeur contemporain Bernard Cavanna.
 Le projet « Echelles de pouvoir » a permis aux élèves d’aller à la rencontre des différents acteurs politiques agissant en France (Mairie, Conseil régional, Assemblée Nationale, Parlement Européen)
Le projet « Afrique du Sud » a permis aux élèves d’appréhender l’histoire contemporaine d’Afrique du Sud et en ligne de mire le « vivre ensemble » avec la création de chansons anglaises et de pochoirs, et ce encadrés par des artistes extérieurs.
Le projet « Tango Galiléo » concernant 2 classes avait le Tango comme fil conducteur d’un projet à la fois historique, artistique et culturel. Il a été récompensé du prix « ouverture » par la fondation égalité des chances. Il est décrit en détail à l’adresse suivante :http://prix.fondation-egalitedeschances.fr/projet/tango-galileo/
Toutes ces sorties ou activités ont un coût d’environ 500€ en moyenne financé par le budget de l’établissement avec l’aide de différents organismes comme la Fondation égalité des chances. Le coût est très réduit en faisant appel aux associations locales comme par exemple le conservatoire municipal. Ce bilan ne serait pas complet sans ajouter que tout au long de l’année les personnels du CDI et du CIO ont prêté leur concours et intégré le projet.

c) La mise en place des classes de seconde :

Notre travail d’évaluation du dispositif nous a conduit à mettre en place des classes de seconde homogènes entres elles comme le montre la figure ci-dessous.

Depuis la rentrée 2010-2011, toutes nos classes de seconde ont été constituées sur les principes suivants :

L’existence d’une tête de classe (de 14 à 16 de moyenne en 3ème) d’environ 20% de l’effectif total est indispensable.
Pour le reste de l’effectif, il faut veiller à ce que le nombre d’élèves ayant une moyenne de troisième inférieure à sa moyenne de classe soit au maximum d’environ 30%. Ainsi, nous pouvons envisager une interprétation fiable des indicateurs en comparant cette fois des groupes classes comparables. Cf PJ. Nous avons tenté une liaison 3ième-seconde pour améliorer ce travail un peu fastidieux mais nécessaire. Pour l’instant ce n’est pas encore satisfaisant. d) les aides aux devoirs (étude surveillées)

Concernant les aides aux devoirs, on constate chez les élèves : une assiduité satisfaisante, des disparités dans la motivation et une satisfaction globale. Ce dispositif apparaît aussi globalement satisfaisant aux enseignants. Même s’il n'y a pas d'unanimité, personne ne souhaite l'abandon du dispositif.

d) Les séquences pédagogique de deux heures. Des enseignants de langue pensent qu'un ajustement est nécessaire. Ils disent que « des séquences pédagogiques de 2 heures, c’est trop long ». D’autres parlent au contraire de « séquences abouties ». L’élève est effectivement obligé d’être attentif plus longtemps et l’enseignant est obligé de varier ses activités pédagogiques au cours des deux heures. Ce dispositif montre clairement combien les structures et les objectifs pédagogiques sont liés.

e) Le parcours d’orientation.
Un effort particulier a été porté sur l’orientation : recherche individuelle, exposé, entretiens et mini stages en interne comme en externe, tout a été mis en œuvre pour une meilleure connaissance des filières et des orientations possibles. En janvier, une semaine complète appelée « l’Autre Semaine » est organisée pour permettre aux élèves de seconde de voir et d’utiliser tous les plateaux techniques de nos filières technologiques mais aussi pour rencontrer les élèves de toutes les premières. Au final, plus de 90% de nos élèves obtiennent leur premier vœu d’orientation.

f) Des Macros indicateurs :
Avant la généralisation, nous avions identifié plusieurs indicateurs afin d’évaluer l’efficacité de notre projet. Les résultats aux contrôles communs de seconde. (cf PJ - Fig4. Résultats des contrôles communs de Physique-Chimie avant que le dispositif ne soit généralisé.

2-Les passages en classe supérieure et le pourcentage de redoublement.

Sur la période 2010-2014 on obtient :

Taux moyen de redoublement sur quatre ans : 15,0% en seconde expé contre 16,9% en non expé.
< >Le taux d’absentéisme (nombre d’heures perdues/nombre d’heures totales), ce taux est exprimé en pourcentage. Sur quatre ans, il est inférieur de 10% en seconde expé par rapport aux autres secondes.

g) De nouveaux projets induits :

La profonde modification des structures a permis progressivement de varier les pédagogies et d’expérimenter puis de généraliser de nouvelles pratiques pédagogiques.

Toutes visent l’autonomie des élèves par le biais de la motivation.

- D’autres formes d’évaluation : depuis plus de 3 ans plusieurs classes de seconde pratiquent l’évaluation différenciée. Celle-ci s’est étendue aux devoirs communs de différentes disciplines (H-Géo, P.Chimie, Anglais, Mathématiques, SVT). L’évaluation par contrat de confiance est également pratiquée.

Une réflexion sur les compétences transdisciplinaires : (cf PJ Fig. 5 a et b): plusieurs enseignants travaillant par compétences ont fait le choix cette année de mettre en commun leur réflexion. Ainsi une liste de compétences transdisciplinaires a été établie et s’applique à deux classes de Seconde. Une de ces classes tente d’ailleurs une simple évaluation par compétences et donc la suppression des notes. Cette nouvelle expérimentation est aussi suivie par la CARDIE.

Fig 5 a : Extrait d’un bulletin de compétences de Seconde 5 année 2016/2017 T1. Il complète le bulletin chiffré.

Fig 5 b : Extrait d’un bulletin par compétences de Seconde 2 année 2016/2017 T1. Les élèves de cette classe n’ont pas de notes.

CONCLUSION

Ce dispositif ne s’applique qu’aux secondes de l’établissement. Il évolue régulièrement. Il n’a pour l’instant pas de prolongement en première ou terminale mais d’autres dispositifs existent aussi dans ces classes (voyages à l’étranger, classes vertes, samedi matin réservé aux DS ou stage de révisions de BAC dans les locaux de la colonie de vacances de la ville de Gennevilliers). Il y a une alchimie dans notre établissement qui concourt à la réussite de l’élève, à ce qu’il prenne plaisir à venir travailler au lycée. Pour obtenir cela, nous sommes convaincus qu’une modification de “l’espace-temps” hebdomadaire était nécessaire pour être plus efficace et induire des pratiques pédagogiques innovantes.

Pour aller plus loin : 2 ouvrages. Cf PJ

-B.HUGONNIER, Vaincre l'échec scolaire : l'expérience du lycée Galilée, Ed Economica.

-C.JAMAIN, L'accompagnement à l'orientation dans une classe de Seconde expérimentale: Education au choix, Master 2, Université Lorient.