LE BLE EN HERBE, projet d'innovation systémique sur l'Ecole et sa communauté, Blé en herbe, école rurale de Trébédan (Bretagne) @matalicrasset @Fondationfrance

École le blé en herbe matali crasset

Trop classe, le design de ma classe !

Le Monde.fr | 01.09.2015 à 10h41 • Mis à jour le 03.09.2015 à 16h37 | Par Marie Godfrain

Vendredi 4 septembre, Matalie Crasset inaugurera une école primaire bretonne dont elle a imaginé le mobilier. D’autres designers et architectes travaillent à créer des environnements en phase avec l’école d’aujourd’hui.

Une salle de classe de l'école primaire Le Blé en Herbe, à Trébédan, dans les Côtes d'Armor, entièrement repensée par la designer Matalie Crasset

Un préfabriqué où l’eau coulait dru sur des tables d’un autre âge les jours de pluie… Excédées par les conditions dans lesquelles étudiaient leurs élèves, les enseignantes d’une école primaire de Trébédan, un village ouvrier des Côtes-d’Armor, ont planché sur une école idéale. Les réflexions menées avec les enfants ont fait émerger un établissement adapté à leur pédagogie originale, qui prône « l’autonomie et la créativité comme clés de voûte de l’enseignement », explique Nolwenn Guillou, directrice de l’école de ce village rural.

C’est dans le cadre de l’action Les Nouveaux Commanditaires, soutenue par la Fondation de France, qu’elle a contacté la designer Matali Crasset, qui a tout dessiné, des classes à la médiathèque, en passant par la montgolfière en bois de la cour et le mobilier, fabriqué par un menuisier des environs. « Produire localement des projets singuliers ne revient pas plus cher qu’acheter du mobilier sur catalogue. A Trébédan, le projet est né in situ », se réjouit Matali Crasset, qui viendra inaugurer l’école Le Blé en Herbe vendredi 4 septembre 2015.

En 2015, Prism Design Studio a reçu le prix Jean Prouvé, qui récompense des créations pour le mobilier scolaire.

En 2015, Prism Design Studio a reçu le prix Jean Prouvé, qui récompense des créations pour le mobilier scolaire. Prism Design Studio

Si les établissements scolaires ne sont pas tous en aussi mauvais état, la plupart des salles de classe n’ont cependant guère évolué depuis les années 1980, date du dernier gros chantier de rénovation du mobilier scolaire. Depuis, à l’exception des tableaux numériques interactifs en cours d’installation, chaises et bureaux en contreplaqué et tables en mélaminé restent omniprésents dans les établissements de l’Hexagone. “Ce mobilier, qui permet de modifier la configuration d’une classe en quelques minutes, doit être porté par un projet pédagogique.” Wilfried Boudas, responsable de la centrale d’achat du mobilier public

« Plutôt que de se focaliser sur l’informatique, mieux vaudrait développer des espaces flexibles adaptés à de nouvelles pédagogies, avec une prise en compte des flux, du corps et des interactions spatiales et sociales », estime Brigitte Flamand, inspectrice générale de l’éducation nationale responsable du design et des métiers d’art.

Voilà pourquoi, dans le projet de refondation de l’école en 2012, Vincent Peillon, alors ministre de l’éducation nationale, avait inclus l’aménagement des classes. A cette occasion est né le prix Jean Prouvé, qui invite les designers à repenser le mobilier scolaire. Des projets sélectionnés – le mobilier mobile d’Unqui Designers pour le primaire ou les ensembles multifonctions de Prism Design Studio pour favoriser le travail en groupe des collégiens – ont ainsi été proposés aux collectivités territoriales par l’UGAP (la centrale d’achat du mobilier public). « Ce mobilier, qui permet de modifier la configuration d’une classe en quelques minutes, doit être porté par un projet pédagogique, lequel est encore en réflexion au ministère », précise Wilfried Boudas, directeur des achats à l’UGAP.

Unqui Designers a reçu en 2015 le prix Jean Prouvé, qui récompense des créations pour le mobilier scolaire.

Unqui Designers a reçu en 2015 le prix Jean Prouvé, qui récompense des créations pour le mobilier scolaire. Unqui Designers

A une époque mettant en avant l’ergonomie, le nomadisme et l’autonomie, l’environnement et les apprentissages scolaires doivent se montrer en phase. Le designer Konstantin Grcic s’est ainsi inspiré de la nouvelle pédagogie allemande, qui laisse une plus grande liberté de mouvement aux enfants, pour livrer la Pro, une chaise légère et solide qui permet de changer de posture, et même de s’asseoir à califourchon. Déclinée de la maternelle au lycée, elle est éditée par Flötotto.

Coller aux besoins des enfants

Le duo anglais Barber & Osgerby a, pour sa part, dessiné Tip Ton (Vitra), un siège qui bascule vers l’avant (voir ci-dessous) : cette posture, en améliorant la circulation sanguine, favoriserait le maintien en éveil. Le projet de Matali Crasset se veut, lui, plus ambitieux. « On a repensé la globalité du lieu, architecture et mobilier, car les deux sont complémentaires », précise Brigitte Flamand.

Barber & Osgerby propose la chaise à bascule Tip Ton.

Une approche que le Danois Arne Jacobsen avait commencée dès 1955 avec son école Munkegaard, conçue à partir des besoins des enfants. Dans le même esprit, l’architecte japonais Takaharu Tezuka a réalisé récemment à Tokyo une école circulaire composée de classes sans murs.

Il arrive cependant que les designers soient trop en avance sur leur temps. Avec ses tablettes pouvant s’assembler pour former un tableau numérique et ses tabourets-culbutos, le projet En Archipel, pensé pour le collège par Eliumstudio, s’est révélé trop avant-gardiste. « Même s’il n’a pas encore suscité l’intérêt des industriels, il a fait avancer les choses », estime cependant la chef de projet Anne Klepper. Toutes ces initiatives montrent en tout cas qu’il y a urgence à redessiner l’école de demain.

Le projet « En Archipel » d'Eliumstudio.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-design-deco/article/2015/09/01/un-design-tres-classe_4742292_4497702.html#KKBTqhXtZHy9cxt3.99



école de TrébédanÉcole de Trébédanécole de Trébédanles commanditaires présentation de l’étude par matali crasset présentation du principe de bâtiment passif aux enfants présentation du prototype d’une Extension de générosité, école d’architecture de Rennes / biennale de Rennes, 2010 les commanditaires visitent la biennale de Rennes 2010La bibliothèque - crédit matali crassetLa montgolfière - crédit matali crassetclasse des maternelles - crédit matali crassetsupport universel - crédit matali crassetvue de l’entrée de l’école - crédit matali crasset mobilier pour le cycle 2 - crédit matali crassetmobilier pour le cycle 1 - crédit matali crassetmatali crasset présente le projet aux élèves - juin 2013début du chantier - juin 2013installation de l’isolation des classes - juillet 2013crédit matali crasset

À propos de l'artiste : matali crasset

Autres projets de matali crasset :(M)eating point

Lieu: École « Le Blé en herbe », Trébédan, Côtes d’Armor

Dates: En cours

Commanditaires

Didier Ibagne, maire de Trébédan, Nolwenn Guillou, maîtresse des écoles et directrice de l’école « Le Blé en herbe », Valérie Rousoux, maîtresse des écoles, Mesdames Patteta, Bouenard, Rodrigues, Hamoniaux et Monsieur Gueguen, parents d’élèves, Gérard Hamoniaux, ancien maire de Trébédan, Monsieur Petit, président du Club de l’amitié, Yvon Le Corre, anciennement conseiller pédagogique, actuellement principal adjoint de collège et Nicolas Rodriguez, ancien élève de l’école « Le Blé en herbe ».

Partenaires

Fondation de France ; Fondation Daniel et Nina Carasso ; CAUE 22 ; conseil général des Côtes d’Armor ; conseil régional de Bretagne ; ministère de la Culture et de la Communication, commande publique / DRAC Bretagne ; ministère de l’Intérieur, de l’outre-mer et des collectivités locales ; fonds européen Feder, Ademe ; commune de Trébédan ; Plust collection

La commande

Située dans le village de Trébédan qui compte 400 habitants, l’école « Le Blé en Herbe » accueille 64 élèves de la première section de maternelle au CM2 répartis en trois classes. Depuis huit ans, les maîtresses de l’école portent des projets pédagogiques qui associent étroitement des parents d’élèves, des élus et des anciens de la commune. Leurs initiatives sont à l’origine d’un nouveau souffle dans ce secteur rural ainsi que de la création d’un groupe de commanditaires réunis autour d’un projet pour l’école.

Dans le cadre de la restructuration des bâtiments nécessaire depuis un certain nombre d’années, les commanditaires ont souhaité faire appel à un artiste. En effet, leur démarche ne vise pas uniquement à mettre aux normes et à améliorer la fonctionnalité des différents espaces. Leur demande comporte le désir, voire le besoin, de rendre visible et de renforcer le rôle social et culturel de l’école au sein du village.

Conseillé par le CAUE 22 (Conseil en Architecture, Urbanisme et Environnement des Côtes d’Armor), ils ont sollicité Eternal Network afin de les accompagner dans la formulation et l’étude de leur projet dans le cadre de l’action Nouveaux commanditaires soutenue par la Fondation de France.

Comme suite au travail de définition du projet, le cahier des charges de la commande artistique comporte :

   la rénovation des bâtiments existants ;
   l’extension de l’école avec la construction d’une nouvelle salle pour la maternelle ainsi qu’une nouvelle cantine ;
   la création d’un lien physique avec la place du village ;
   la création d’un mobilier spécifique.

Les constructions devront respecter les normes d’habitat écologique et d’une manière générale l’ensemble du projet devra se réaliser dans le respect de l’environnement.

Le projet

Pour répondre au mieux aux différents enjeux de ce projet, Eternal Network a fait appel à matali crasset dont l’étude propose un projet fondé sur l’idée du partage et du développement durable : requalifier l’école sur le modèle des bâtiments passifs et modifier son niveau d’accessibilité pour qu’elle puisse accueillir non seulement les activités scolaires mais aussi les activités liées à la vie du village.

Plus précisément, le projet de matali crasset prévoit :

   Un nouvel aménagement des espaces d’enseignement. Les trois classes (deux situées dans l’ancien bâtiment et la nouvelle classe de maternelle) se réunissent autour de l’actuel préau où doit se situer la nouvelle entrée de l’école.
   Un nouveau préau est construit en continuité des classes. Il comporte des jeux de glisse (toboggans, rampes…) destinés aux activités de motricité en extérieur. Ces jeux sont conçus de manière à rester accessibles en dehors des heures d’ouverture de l’école.
   Un nouvel espace pour la cantine et la salle de motricité qui constituent également une salle de partage ouvert à tous.

Les bâtiments de l’école sont traités comme des plateformes d’activités où se croisent multiples fonctions et usages. Des girouettes, des mini-éoliennes, des nichoirs et observatoires pour oiseaux, un potager pédagogique ou encore un belvédère sont installés au-dessus des salles de classe. Les toits végétaux aménagent des respirations et forment un nouveau paysage. Des panneaux photovoltaïques produisent une partie de l’énergie nécessaire à l’école. L’intérieur des classes est conçu à l’échelle de l’enfant qui aura l’impression de jouer sous une table.

Sur ces différentes plateformes de l’école, se greffent des éléments que matali crasset a nommés « extensions de générosité ». Il s’agit de petites architectures à l’échelle d’objets qui permettent l’ouverture de l’école vers l’espace du village. « Les sources », « Le cycle », « Le jeu », « La rencontre » et « L’accueil », chacune de ces extensions se qualifie par rapport à son usage et les activités qu’elle accueille et/ou génère. Par exemple, « Les sources », dispositif ouvert à tous, accueillant une bibliothèque et un cyberespace tandis que « La rencontre » prend la forme d’un mobilier urbain pour recevoir des événements de rassemblement dans le village.

Mettant au cœur de son projet le désir des commanditaires de valoriser l’école dans son rôle de créateur de lien social, matali crasset crée un système participatif où les espaces d’enseignement hautement qualifiés sont autant de supports d’activités ouverts à tous.

• Commanditaires: Didier Ibagne, Maire de Trébédan ; Nolwenn Guillon, directrice de l’école ; Valérie Rousoux, maîtresse ; des parents d’élèves ; Gérard Hamoniaux ; M. Petit ; Yvon Le Corre ; Nicolas Rodriguez, ancien élève de l’école. • Mediateur: Anastasia Makridou-Bretonneau, Eternal Network ; Didier Pidoux, CAUE22 • Soutien: Fondation de France ; Fondation Carasso ; Conseil Départemental des Côtes d’Armor ; Ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales ; Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Bretagne, commande publique), Région Bretagne (contrat de pays et Eco-Faur) ; Communauté Européenne (FEDER et Leader) ; ADEME ; Plust Trébédan, 2015